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Subir une langue qui n'est plus faite de mots
mais seulement de cris de haine
et qui n'exprime rien d'autre
que le pouvoir infini de la terreur,
n'est-ce-pas précisément le sort
que connaissent tant d'animaux



subir une langue qui n'est plus faite de mots mais seulement de cris de haine et qui n'exprime rien d'autre que le pouvoir infini de la terreur, n'est-ce-pas précisément le sort que connaissent tant d'animaux

Le silence des bêtes

Élisabeth de Fontenay, née en 1934, est une philosophe et essayiste française, philosophe reconnue de la question juive et de la cause animale.
Élisabeth de Fontenay, de son nom complet Élisabeth Bourdeau de Fontenay, est la fille d’Henri Bourdeau de Fontenay, issu d’une famille catholique de droite, avocat ayant soutenu le Front Populaire et résistant de la première heure, et de Nessia Hornstein, dentiste d'origine juive mais convertie au catholicisme, dont la famille avait fui Odessa lors des pogroms de 1905.
Elle est élevée dans la religion catholique, baptisée enfant, puis inscrite à l'âge de 5 ans au collège Sainte-Marie de Neuilly. À 22 ans, elle abandonne le catholicisme et se tourne vers le judaïsme ; elle détaille sa conversion dans l'ouvrage Actes de naissance, paru en 2011.

Maître de conférences émérite de philosophie à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle s'intéresse d'abord à Marx auquel elle consacre un ouvrage intitulé Les figures juives de Marx : Marx dans l'idéologie allemande (1973). En 1981, elle fait paraître un livre qui a fait date sur le matérialisme de Diderot, Diderot ou le Matérialisme enchanté. Elle a été membre du Comité de direction de la revue Les Temps modernes, fonction qu'elle a quittée en janvier 1983.

Comme ses ouvrages ultérieurs, cette contribution s'interroge sur les rapports entre les hommes et les animaux dans l'histoire. Cette réflexion culmine avec la parution de son magnum opus Le silence des bêtes, paru chez Fayard en 1998. Cet ouvrage pose à nouveau la question de ce qu'est le « propre de l'homme »4 et remet en cause l'idée d'une différence arrêtée entre l'homme et l'animal4. Privilégiant la longue durée, il interroge les conceptions de l'animal des Présocratiques à nos jours, en passant par Descartes et sa célèbre hypothèse de l'animal-machine.

Cette réflexion peut être rapprochée du courant actuel de la pensée posthumaniste représenté notamment par Peter Sloterdijk ou Donna Haraway. Parmi les auteurs qui ont influencé ses travaux, on peut mentionner Vladimir Jankelevitch, Michel Foucault et Jacques Derrida.

À la mort de Jankelevitch en 1985, elle fonde, avec notamment Pierre Michel Klein et Béatrice Berlowitz, l'Association Vladimir Jankélévitch.

Juive par sa mère, dont une grande partie de la famille a été exterminée à Auschwitz6, Élisabeth de Fontenay est restée très attachée au judaïsme. Entre 2007 et 2010, elle a présidé la « Commission Enseignement de la Shoah » de la Fondation pour la mémoire de la Shoah7. Elle est membre du comité de parrainage de l'association La paix maintenant pour la promotion du mouvement israélien Shalom Archav.

Elle fait aussi partie du Comité d'éthique ERMES, aux côtés notamment d'Henri Atlan. Préoccupée par les questions éthiques concernant le traitement des animaux, elle a publié en collaboration avec Donald M. Broom Le bien-être animal (Éditions du Conseil de l'Europe, « Regard éthique », 2006), qui expose les problèmes d'éthique soulevés par ce sujet en examinant les points de vue religieux et les positions des différents pays.

Depuis septembre 2010, Élisabeth de Fontenay présente, avec Fabienne Chauvière, l'émission de radio Vivre avec les bêtes9 consacrée aux animaux sur France Inter. À compter de septembre 2011, c'est avec Allain Bougrain-Dubourg qu'elle fait équipe pour animer l'émission, qui est arrêtée en juin 2014.

En 2018, elle préface le livre Le Nouvel Antisémitisme en France , collectif de textes signés par Luc Ferry, Pascal Bruckner, Philippe Val, Boualem Sansal, Éric Marty, Georges Bensoussan, Jean-Pierre Winter, Daniel Sibony, Barbara Lefebvre, Monette Vacquin, Michel Gad Wolkowicz, Noémie Halioua, Jacques Tarnero, Caroline Valentin et Lina Murr Nehmé.

Shoah et condition animale
Forte de sa position de présidente de la « Commission Enseignement de la Shoah » de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, Élisabeth de Fontenay, à l'instar de Martin Heidegger et d'Isaac Bashevis Singer, n'hésite pas à faire, dans la préface de son ouvrage Le silence des bêtes : la philosophie à l'épreuve de l'animalité, un parallèle entre les méthodes génocidaires nazies et l'industrie agro-alimentaire. Exactement comme Heidegger, elle met en cause ce qu'elle nomme la métaphysique humaniste et subjectiviste, pourtant la cible des nazis :

« Oui, les pratiques d'élevage et de mise à mort industrielles des bêtes peuvent rappeler les camps de concentration et même d'extermination, mais à une seule condition : que l'on ait préalablement reconnu un caractère de singularité à la destruction des Juifs d'Europe, ce qui donne pour tâche de transformer l'expression figée “comme des brebis à l'abattoir” en une métaphore vive. Car ce n'est pas faire preuve de manquement à l'humain que de conduire une critique de la métaphysique humaniste, subjectiviste et prédatrice. »

Et encore :

« On sait que la grande majorité de ceux qui, descendant des trains, se retrouvaient sur les rampes des camps d'extermination, ne parlaient pas allemand, ne comprenaient rien à ces mots qui ne leur étaient pas adressés comme une parole humaine, mais qui s'abattaient sur eux dans la rage et les hurlements. Or, subir une langue qui n'est plus faite de mots mais seulement de cris de haine et qui n'exprime rien d'autre que le pouvoir infini de la terreur, le paroxysme de l'intelligibilité meurtrière, n'est-ce-pas précisément le sort que connaissent tant et tant d'animaux ? »

— Élisabeth de Fontenay, Le silence des bêtes : la philosophie à l'épreuve de l'animalité.